Marcellin, le frère préfet Mise à jour septembre 2018
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Obtenir une pension et y renoncer sous la pression médiatique.

En septembre 1881, Marcellin va rédiger un mémoire qui lui permettra de toucher des réparations comme victime du coup d’état de 1851 ce qui d’une certaine manière était légitime. Cependant il a été montré du doigt comme prétendue victime au motif qu’il n’avait que 2 ans à l’époque des faits :

Sa position a dû devenir intenable pour qu’il y renonce en 1889 après l’avoir touchée en 1883 et 1887.


le 2 octobre 1882

Certificat d’inscription pour une rente annuelle de 400 francs pour Marcellin Pebernad de Langautier,


Paris, le 24 février 1889

Monsieur le ministre,

Inscrit pour un titre de 400 fr, de rente annuelle comme fils d’une victime du Coup d’État et désirant – pour des motifs soumis à l’appréciation de M. le Directeur du Personnel au Ministère de l’Intérieur, qui les a approuvés – renoncer au bénéfice de cette pension que je n’ai pas touchée depuis le 1er septembre 1887, j’ai l’honneur de vous prier de vouloir bien me faire rayer définitivement des listes des pensionnés et de provoquer l’annulation de ladite pension.

Veuillez agréer, Monsieur le Ministre, etc,

M. Pebernad de Langautier

1882 – 1899, racheter Langautier ?

Toulouse, le 5 juin 1882

Mon cher Marcellin,

Où Marcellin, un peu naïf, a cru qu’il pourrait racheter la « maison où il est né et dont il porte le nom » à un prix raisonnable.

Je m’empresse de te communiquer une nouvelle qu’il te sera peut-être utile de savoir. Mon père est venu aujourd’hui à Toulouse et m’a dit de t’écrire pour te dire qu’à Caraman, jeudi dernier, un certain M. Marty, marchand de bien, était venu le trouver et lui avait dit qu’il était chargé par le propriétaire de Langautier de reprendre la vente de cette propriété. Cette vente lui avait été confiée il y a quelques années, trois ans, je crois – tu dois t’en souvenir. Puis le propriétaire n’avait pas poussé à la consommation, désireux qu’il était de conserver cet immeuble pour une héritière quelconque. La raison qui avait arrêté la vente ayant disparue aujourd’hui, M. Marty se souvenant que mon père lui avait autrefois parlé de cette affaire, a cru devoir l’en informer. Pendant quelques jours encore on ne tambourinera pas la chose à droite et à gauche, de sorte que mon père pense qu’en se hâtant un peu

vient quelque nouvel incident sur cette affaire, il est bon que je sache où te trouver ; puis enfin il faut bien donner une réponse, pour si évasive quelle soit à ce M. Marty qui autrement ne se gênerait pas pour hâter autre part, autant qu’il serait… la conclusion de cette affaire. Mon père bien entendu ne lui absolument rien dit ni rien promis ; il lui a dit seulement qu’il en préviendrait une personne qui lui avait demandé des renseignements dans le temps.

Si tu as besoin de quelques indications auprès de M. Marty, voici son adresse : M. Marty fils, Marchand de biens, avenue de Muret 69, Toulouse.

Voilà, cher ami, la nouvelle que j’avais à te donner aujourd’hui ; je ne doute pas qu’elle ne te mette force martel en tête et je souhaite surtout de tout mon cœur ainsi que mon père que vous fait ses meilleures amitiés à toi et à Albert et m’a répété dix fois de t’écrire, que tu y trouves satisfaction sous tous les rapports.

C’est avec impatiente que j’attends ta prochaine lettre. Bien cordialement à ton frère et à toi.

H. Loupiac


Vervins, le 19 juillet 1892

Monsieur Fauré, propriété Langautier par Auriac (Haute Garonne)

M’étant marié récemment, j’ai l’intention de prendre, le mois prochain, un congé pour aller visiter le midi et Toulouse que ne connaît pas encore ma femme ; afin de me permettre de fixer exactement mon itinéraire avant d’entreprendre un si long voyage, je viens vous demander si se serait indiscret de vous présenter, au cours de ce voyage, à Langautier, que ma femme voudrait également connaître parce que j’y suis né.

Si ce désir peut se réaliser sans être importun, je vous serais fort obligé de me le faire savoir, me réservant de vous écrire, de Toulouse, le jour et l’heure de notre visite, car non seulement je ne voudrais pas être indiscret, mais j’aimerais vous rencontrer.

Veuillez agréer, monsieur le docteur, l’expression de mes sentiments les plus distingués.

Marcellin de Langautier


Auriac, ce jeudi 21 juillet 1892

Mon cher Monsieur,

Non seulement nous ne serez pas indiscret, non seulement vous ne serez pas importun, mais il me sera très agréable de réaliser vos projets.

Vous me… n’y aura que mon père et le votre ont vécu dans une intimité profonde, et que médecin de votre famille, mon père passera à Langautier tout le temps que ne lui prenait pas ses malaises.

Je n’habite pas Langautier, mais Auriac, où je suis rivé par ma clientèle, et voici ce que je vous propose :

Je ne veux pas que vous passiez à Langautier en touriste, mais que vous vous installiez le temps que vous voudrez ; pour cela faire, vous me préviendrez le jour de votre arrivée, je mets ma… cuisinière à votre disposition, il y a les tables les chaises et les lits où mon père et le votre ont couché, je vous préviens qu’ils sont tous mauvais et durs. Vous serez chez vous tout le temps que vous plaisez d’y être. Auriac est à 3 km, pour vos provisions, les métayers sont à votre disposition pour aller les prendre, le village est assez bien pourvu en viande, légumes et provisions de toutes sortes. Vous pourriez même revoir, non pas en passant, mais bien à votre aise, le Langautier ou vous êtes né, et que vous trouverez assez peu changé, d’après ce qu’on ma dit.

Je ne vous ferais pas ce genre de propositions, si ma femme ne devait être ici, à l’époque que vous avez choisie pour venir dans le midi. C’est elle et ma fille qui vous auraient reçu à Langautier, mais je ne serai seul, et je crois plus simple, et plus pratique de laisser seul prendre à plein poumons l’air natal.

Voilà, mon cher Monsieur, ce qu’un vieil ami de votre famille, croit devoir faire pour vous être agréable. J’espère que vous voudrez bien accepter l’offre qu’à vous faire de tout cœur.

Veuillez agréer, mon très honoré monsieur, l’assurance de mes meilleurs sentiments.

L. Fauré

Prévenez mois quelques jours avant votre arrivée.


Vervins, 26 juillet 1892

Cher Monsieur,

Vous me traitez en ami, dans la réponse aimable que vous venez, par courrier, de me faire et j’aurais voulu moi aussi, sans retard, vous adresser mes plus vifs remerciements pour votre offre si courtoise ; si charmante, et je dirai même bien tentante !

Non seulement je n’ignore pas la grande amitié qui unissait votre père et le mien, mais je me souviens encore de l’accueil cordial et tout affectueux que j’ai reçu de lui à Loubens, en 1871, je crois, lorsque des recherches m’amenèrent dans cette commune. Je n’avais fait aucune allusion pour vous laisser toute liberté.

C’est assez vous dire que je renouerai même avec un réel plaisir nos vielles relations de famille, en regrettant toutefois vivement de ne pouvoir faire la connaissance de madame Fauré lorsque nous serons à Auriac le mois prochain ; nous regretterons d’autant plus son absence que notre intention n’est que de passer la journée à Langautier, à moins que (pourquoi ne pas le dire), je n’entrevois la possibilité d’entrer en pourparler pour devenir acquéreur.

Aussitôt rendu à Toulouse, du 5 au 12 août, selon la date de mon congé, je vous préviendrai du jour exact de notre arrivée chez vous.

Agréez, je vous prie, cher monsieur,…

Marcellin de Langautier


Auriac, le 24 novembre 1892

Monsieur

Votre lettre du 15 m’a trouvé absent, j’étais allé passer quelques jours à Luchon. À mon arrivée, j’ai consulté ma famille qui n’est pas d’avis que je vende Langautier.

Les raisons de cette opposition sont diverses, et je ne crois pas qu’elles puissent avoir pour vous aucun intérêt.

Comme Langautier est absolument à moi, et que personne ni dans ma famille, pas plus que dans celle de ma femme, ne peut m’empêcher d’en disposer, je vous céderai Langautier au prix de 150 000 mille francs.

Si ce prix peut vous convenir, veuillez me faire savoir quel mode de paiement vous adopteriez, pour que je puisse me mettre en mesure de faire le placement de cette somme.

Madame Fauré et ma fille me chargent d’être auprès de madame de Langautier l’interprète de leurs sentiments

Veuillez agréer pour vous cher monsieur, l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

L. Fauré

Auxerre, le 31 mai 1893

Monsieur,

Il me revient du Lauragais que vous ne vous expliqueriez pas mon silence.

Il est pourtant bien aisé à comprendre : je n’ai pas pris au sérieux – comme vous deviez bien vous y attendre d’ailleurs – votre lettre m’offrant 20 hectares de terre pour 150 mille francs, et j’ai pensé qu’à pareille proposition il ne fallait même pas de réponse.

Du reste, je vois que la vente de votre propriété vous créerait (à ce que vous m’écrivez du moins à de tels ennuis de la part des vôtres que, pour vous éviter de ce chef tous désagréments, je renonce au projet d’acquisition que j’étais allé vous exprimer à Auriac cet été.

Recevez, Monsieur, mes salutations empressées

M. de Langautier

Le samedi 18 mars 1899, M. Louis Fauré, médecin à Auriac, est venu dans mon cabinet à Lavaur1 au sujet de Langautier.

Il y a dit-il, près de 20 hectares. Cette propriété lui a couté 46 mille francs. Ce à quoi j’ai répondu : « ce n’est pas moi ! ». Ce n’est pas moi, ais-je ajouté, parce que les terres ne valent pas ce prix là : Langautier vaut 1 900 fr l’hectare et pas plus.

Il demande de Langautier 46 mille francs que ça lui a couté, contrat en mains, et il a payé ce chiffre, porté, dit-il, sur son acte d’achat, parce que quand il a a acheté il y avait beaucoup de bétail et… et beaucoup de mobilier dans la maison (tout cela n’est que mensonges). En plus de ces 46 mille francs, il veut que je lui paye la valeur de la maison ; bref, il m’a demandé 100 mille francs.

Je lui ai ri au nez, et puis mis à la porte de mon cabinet.

Voici ce que je lui ai dit : « jamais je ne mettrais plus de 50 mille francs dans cet achat ; dans tous les cas voici ce que j’offre et sur quelles conditions je compte acheter.

D’abord vous payez votre prix d’achat, prix certain, présumé et au besoin prix donné par les experts de la valeur de Langautier lorsqu’il l’a acheté. Mais il est certain qu’il n’a pas payé plus de 30 mille francs, mettons avec les frais que cela lui soit revenu à 35 mille francs contrat en mains.

Je donne 10 mille francs de bénéfice (et pas un sou de plus) parce que c’est Langautier et que j’y suis né ; ce qui fait 35 000 + 10 000 = 45 000 francs, environ 5 000 francs de frais d’acquisition, et on a un maximum, contrat en main, une somme nette de 50 mille francs que je consens à payer les 20 hectares de Langautier, mais pas un sou de plus.

Et même si les gros arbres ont été coupés, si les platanes et le gros chêne n’existent plus, je ne donne plus les 10 mille francs de bonne main.

Mars 99, Marcellin de Langautier

1900, Certificat de baptême d’Arlette



Le parrain a été M. le docteur Honoré Loupiac ; la marraine a été Mme Savatier-Laroche, épouse Esmelin, grand-mère maternelle.

1904, mariage de Germaine Vivent avec Georges Rouilot

Lavaur – 29 février 1904

Chère maman

Où Magdeleine se laisse dans un premier temps griser par les millions Rouilot de sa cousine Germaine Vivent pour finir par « aspirer à semer moins de millions ».

Merci des affectueux souvenirs adressés à Arlette à l’aurore de ses cinq ans révolus, je pourrais dire, à l’aurore de sa sixième année ; elle a écouté la lecture de ta lettre avec attention et émotion. Nous l’avons mesurée, elle a exactement 109 cm, elle a grandi de 4 cm depuis el 28 août. Les cadeaux affluent depuis ce matin : des braves Millet, une délicieuse chemise avec petits plis, points savants et volants de Valenciennes, œuvre de Cécilia, une belle image de fête de Denise, un gros bouquet de violettes et de jacinthes et un mignon sachet à odeur ; de Jeanne Jayet, un magnifique bouquet de fleurs de Nice ; nous sommes donc en festin depuis ce matin : cassoulet, foie gras, chapon farci, gâteau au riz, vins fins, même du Champagne et café, et cela pour tous ; puis Jeanne Gayot et Denise Millet invitées à goûter et à jouer. Ma fille exulte du matin au soir, elle est d’une gaîté exubérante, elle a mangé de tout et bu de tout.

Je n’aurai pas Finou qui est auprès d’un nouveau-né d’hier.

Maintenant, au conte de fées… !

Une primeur que je vais te servir toute fraîche ! Allons droit au but : Germaine Vivent va devenir, dans les premiers jours du mois de mai, l’heureuse femme d’un jeune homme d’une quarantaine d’années, ingénieur des mines, chevalier de la légion d’honneur, et qui va mettre au pieds de sa belle fiancée une fortune princière de quinze millions.

Quinze millions gagnés au Transvaal2, absolument authentiques, réels. Inutile d’ajouter qu’il vit maintenant de ses rentes (plus de 500 000 francs).

Famille parisienne très honorable. Lettre de Germaine reçue hier, suivant celle du père priant mon mari d’être le témoin de sa fille. « L’hôtel que je vais habiter et qui sera bientôt terminé est situé 37bis rue Villejust3 et donne Avenue du bois. C’est une pure merveille pour laquelle les architectes Hermant et Bouvard ont mis leur savoir. Les salons sont style Régence ainsi que le hall ;

le premier et le second sont style Louis XVI. Mon appartement particulier se compose d’une chambre, boudoir, cabinet de toilette salle de bain, et le tout est un véritable bijou ; jusqu’aux ferrures des portes et des fenêtres qui sont des objets d’arts. Le château de Graville où je me reposerai de mes réceptions parisiennes est situé entre Moret et Fontainebleau. C’est un château historique, entouré de 750 hectares de terres et de bois ; il y a 19 chambres d’amis ; j’espère vous y offrir bientôt l’hospitalité.… Inutile de vous dire que je suis très aimée… presque

Le coup de foudre… sérieux, profond… depuis le mois de novembre, malgré la quantité effrayante de jeunes filles des meilleures familles et de la plus grande noblesse qu’on ait pu présenter à mon fiancé, j’ai été choisie et préférée entre toutes. »

Et la lettre du père est tout aussi vibrante d’une joie délirante. Cela se comprend d’ailleurs, car comme je te le dis au commencement de ce récit, c’est un vrai conte de fées. Le jeune homme revenant du Transvaal avec cette fortune extraordinaire achetait hôtel, château somptueux puis cherchant une femme « qui sera son luxe » nous a dit Germain, et cette femme étant Germaine, laquelle d’ailleurs n’est pas ordinaire.

Nous sommes invités tous les trois au mariage, étant du reste, à peu près, la seule famille. Mariage religieux à Saint Honoré d’Eylau.

Mais une grande entrave : du 1er au 8 mai, empêchement à peu près absolu pour mon mari de s’absenter, et un voyage comme celui la vaudrait au minimum un congé d’une huitaine ou d’une quinzaine, et ils paraissent absolument tenir à cette époque du 4 ou 5 mai ?

Maintenant, irais-je seule ou avec Arlette ? Ma fille n’est-elle pas encore un peu jeune ; beaucoup de fatigues, de risques pour elle dans ce grand Paris. Je tourne et retourne la question ; la laisserais-je à Auxerre ?

Entre temps, je pense aussi à la question toilette ; j’ai celle de l’année dernière qui pourra peut-être encore aller, mais au milieu de tant d’élégances ! Puis je m’en ferai faire une autre chic mais surtout pas endimanchée, pas cousine de province et que je pourrai remettre plus facilement ; j’ai trouvé le modèle dans un miroir des modes de mars ; tout en drap léger ou voile blanc crème garnie de guipures. Jupe nouvelle froncée avec plis bonne femme dans le bas. La mode des jupes est en révolution et les jupes en forme ne sont plus que vielles lunes. Mais tout cela n’est que projet. Pourrais-tu m’envoyer un ou deux fascicules du Miroir des modes, celui de Mars, que j’ai pu voir qu’un instant.

Peut-être pourrons nous nous rejoindre à Paris si j’y vais ? Tous ces projets vont bien t’étonner !

Entre-temps, Révision demain ici, réception à déjeuner, diner de la préfecture, à coucher aussi. Révision mardi, mercredi, et probablement départ pour Toulouse vendredi, à moins que le temps ne devienne trop sibérien.

Pour les Romand : nous nous sommes adressés pour leurs boites de foies à une femme d’ici qui nous les a fait payer tout compris, foie, boîte, soudure, façon, 5 la boite ; ils nous ont bien remerciés.

À la hâte, car j’attends les fillettes, baisers multiples et affections.

Magdeleine de Langautier


Hôtel Continental, 3 rue de Castiglione

Paris, le 5 mai 1904

Chère Maman

Arrivée à bon port, Marcellin à la gare plein de récits encore plus merveilleux… comme sur la place de Paris comme le roi de l’or des mines de Johannesburg ; 15 millions ne sont pas avoués que par modestie, il a en bien davantage, au bas mot, un million de revenus. Et tous les récits à ce niveau !

Enfin, à cette heure ça y est ! Marcellin m’a laissée, en se rendant à la mairie, à St Augustin ; je suis allée voir les Nouat, reçue fort aimables ; ces dames iront curieuses à la bénédiction nuptiale.

Courses ensuite, cohue au Printemps, acquisition des grelots passementerie, puis de joujoux variés pour l’amour, entr’autres une ombrelle pour gogo poupée.

Que devenez vous ? Ma pensée ne vous quitte pas, et pourtant ici j’ai trouvé quelque chose de bon et de cher.

Temps magnifique, quelle cohue et quelle foule partout ! Je n’ai plus que le temps de m’habiller.

Inutile de te refaire toutes nos recommandations, de n’avoir qu’Arlette en tête pendant trois jours ; déjà un de passé ! Tout le temps du voyage, j’ai regretté de n’avoir pas amenée Anna et de t’obliger, ma chère maman, à être bonne d’enfant. Je n’aurais voulu que tu n’eusses que la haute surveillance, mais ce n’est pas ma faute, et je croyais, d’après ce que tu m’avais écrit, que tu aurais Gabrielle, comme j’ai Finou, ou une certaine Marie, de 7 h matin à 8 h du soir pour habiller, coucher Arlette, en un mot remplacer Anna.

Je t’écrirai un mot demain, baisers en masse pour toute la maisonnée.

Magdeleine de Langautier

N’aie aucune crainte sur tes diamants. Par forcer Arlette sur la nourriture. Attention aux encombrements des rues du brillant Auxerre… je ne peux m’empêcher de faire des recommandations.


Hôtel Continental, 3 rue de Castiglione

Paris, le 6 mai 1904

Chère Maman

Quelques mots, chère maman, en attendant les longs récits de dimanche sur tant de splendeurs.

Merci d’abord des bonnes nouvelles, reçues à la première heure sur le cher trésor ; doit-elle bavarder et t’en raconter ! Hein, ce n’est pas une sinécure de la garder… !

Mariage civil extra pompeux, tout Belleville en rumeur, des cordons de sergent de ville, des tapis, des fleurs partout, des orchestres cachés dans des fleurs ; 4.000 personnes au moins dans les salons, le maire, Mathurin Moreau, mariant, assisté de deux adjoints, discours, etc, etc,…

À 8 heures moins le 1/4, nous quittions le Continental, très beaux tous deux, je m’étais bien coiffée, ta broche sur l’épaule.

Washington Palace, grand, immense salon de réception en rotonde éclairé, fleuri, délicieuse scène de théâtre en retrait ; 88 personnes. Marcellin donnant le bras à la sœur du marié, Mme Truchart, et moi, à un député du xixe, M. Charles Bos. Le marié, fort bien, très homme du monde, teint coloré, moustache brune, cheveux faisant un peu rares, mais en portant pas plus de 41 ans. Germaine, un poème de beauté et d’élégance, souverainement belle. Père et tante, à la note et des toilettes… ! Diner dans une magnifique salle par tables de 16 couverts ; nous étions à la table d’honneur.

Soirée, avec artistes de premier ordre ; buffet ouvert à minuit et bal, nous nous sommes retirés vers une heure.

Aujourd’hui, nous sommes conviés à un lunch à 4 h, en l’hôtel ; j’hésite à y aller car je n’ai qu’une robe de la bénédiction !

Germaine a seize robes neuves, sans compter les déshabillés, 3 pianos Erard.

Son coupé, toujours à deux chevaux et à cochet et valet de pied, sera étrenné demain par elle ; son mari ne veut même pas le violer en y montant dedans pour se rendre à l’église.

À la table d’honneur, mes milliardaires Anglais, les Vernet ; Mme avait pour manches des quadrillages de diamants et le reste à l’avenant.

« Ne vous étonnez pas, a dit Georges Rouliot à sa femme, si mes amis de Londres (ils s’y rendent en juin) vous offrent pour 5 ou 600 mille francs de cadeaux. »

Conclusion : c’est trop pour nous tout cela ! J’aspire à semer moins de millions.

Sauf avis contraire, je rentrerais à Auxerre demain soir vers 1 h du soir, je ne sais l’heure exacte.

Bons baisers pour vous trois

Magdeleine

1903, Délit de chasse au fusil sans permis

Cejourd’hui, 20 janvier 1903, à 3 h15 du soir, nous soussignés, Bastoul André Charles et Bouty Antoine, gendarme à cheval à la résidence Saint Paul dans le département du Tarn, revêtus de notre uniforme et conformément aux ordres de nos chefs, rapportent qu’étant en tournée et nous trouvant au lieu dit : « En Tounet, commune de Saint Pau (Tarn), nous avons entendu un coup de feu tiré non loin de nous ; nous étant dirigés de ce côté, nous avons aperçu, dans des bruyères, trois individus, munis chacun d’un fusil qu’ils tenaient abattu horizontalement dans leurs bras, et qui parcouraient en tous sens les dites bruyères dans l’attitude de chasseurs qui cherchent le gibier ; l’un d’eux que nous avons reconnu plus tard pour être le nommé Lacourt, frappait du canon de son fusil dans les broussailles pour déloger le gibier.

Nous étant approchés à 5 ou 6 mètres d’eux sans être aperçus, nous les avons reconnus pour être les nommés :

  1. Gailhard Joseph, âgé de 21 ans, sans profession, demeurant chez ses parents à la Nourrice, commune de Saint Paul (Tarn), né au même lieu, le 21 mai 1979, fils de Georges et de Olive Gabrielle, n° 33 du tirage au sort dans le canton de Saint Paul, de la classe de 1 ;

  2. Son frère François, âgé de 18 ans, sans profession, né à Saint Paul, le 21 septembre 1 ;

  3. Lacourt,, Jacques, âgé de 29 ans, domestique du frère des dits Gailhard, né à Fiac (Tarn), le 1er septembre 1872, fils de Hippolyte et de Papais Agustine, n° 12 du tirage au sort dans le canton de Saint Paul (Tarn), de la classe de 1872.

Ayant demandé quel était celui des trois qui avait tiré le coup de feu, Gailhard François, nous a répondu que c’était lui, et qu’il avait tiré sur une pie.

Incités ensuite à nous exhiber leurs permis de chasse, ils nous ont répondu : « Nous n’avons pas de permis de chasse ; nous ne savions que faire à la maison, étant désœuvrés aujourd’hui et, pour nous désennuyer, nous avons projeté une partie de chasse, exercice auquel nous ne nous livrons jamais d’habitude ».

En conséquence, nous avons déclaré au sus nommés Gailhard frères et Lacourt Jacques, que, s’étant livrés à l’exercice de la chasse sans permis, ils avaient contrevenus à l’article 1er de la loi du 3 mai 1844 sur la police de la chasse, et que nous dresserions un procès-verbal.

Nous leur avons en outre déclaré saisir les trois fusils entre leurs mains, en les constituant dépositaires à la charge pour eux de les représenter en justice lorsqu’ils en seront requis.

En foi de quoi, nous avons rédigé le présent en double expédition, le 1er destiné à monsieur le Procureur de la République à Lavaur, et l’autre au Lieutenant Commandant la gendarmerie de l’arrondissement, conformément à l’article 495 du décret du 1er mars 1854.

Fait et clos à Saint Paul, les jours, mois et an que d’autre fait.

Signalement de l’arme de M. Gailhard Joseph : fusil à double piston, canons unis, crosse en noyer, plaque de couche en fer, bretelle en cuir, baguette en bois, valeur approximative 20 francs.

1914, lettres d’amis

Jeudi 8 Octobre 1914

Berck-Plage, Grand Café

Mon cher ami,

C’est à Berck-Plage, où je suis réfugié que me parvient votre très aimable lettre, adressée à Châtelaillon.

Je commence tout d’abord, par vous remercier de la façon si chaude et si amicale dont vous voulez bien m’offrir l’hospitalité. C’est dans les moments tristes et difficiles comme ceux que nous traversons qu’on trouve ses vrais amis et vous avez voulu me prouver, une fois de plus que vous n’oubliez pas ceux que vous avez laisser dans l’Aisne. Nous avons été, ma femme, ma fille et moi très sensibles à ce nouveau témoignage d’affection. Nous ne l’oublierons pas.

Ceci dit, je vais vous mettre au courant de notre situation qui n’est pas gaie.

Comme les autres années, ma fille s’est installée ici, avec ses enfants vers le 10 juillet pour y passer les vacances avec son mari qui la rejoint le 1er août, dès sa dernière audience.

Nous étions Madame Guérin et moi, arrivés à Berck le 29 juillet, pour y être à l’arrivée de notre gendre et passer 8 à 10 jours en famille. Nous y avons été surpris par l’ordre de mobilisation.

Je suis reparti le dimanche matin et, pendant tout le mois d’août, j’ai fait la navette entre Berck et Soissons, passant 2 jours chaque semaine à Berck, 2 jours à Soissons, un jour à Prémontré et 2 jours de chemin de fer, car nous n’avions plus que 4 trains par 24 heures, toutes les 6 heures. Je devais partir à 3 h ½ du matin pour arriver ici à 5 h du soir, alors que habituellement, on part à 6 h 43 pour arriver à 1 h

Mon gendre avait rejoint son poste militaire à Fontainebleau, le 3 août. Le mois d’août s’était passé assez bien à Soissons. Nous avions dit, tous mes voisins et moi, dont plusieurs comme moi, avaient connu l’invasion de 1870 dans la même région que, quoiqu’il dut arriver, nous ne bougerions pas.

Dès le dimanche 23 août, nous vîmes passer des convois de fuyards venant de Belgique et du Nord, en chariots, en tombereaux, en tapissières, en voitures de luxe et de tous genres, voitures d’enfants, brouettes, à pied, trainant des mioches par la main. Cela amena des défections dans mon voisinage ; elles s’accentuèrent fin de la semaine et le lundi 30 août au matin, nous n’étions plus dans mon quartier que 2, un de mes voisins ayant 5 enfants et moi. À midi, il me prévient qu’il allait emmener sa famille, en auto, au-delà de Bar le Duc et qu’il rentrerait à 5 h et que nous aviserions. Il rentra à 7 h et me prévint que, après avoir ramassé quelques papiers, il repartirait à 8 h, définitivement parce qu’on entendait le canon et m’offrant de m’emmener.

Depuis la mobilisation, j’avais 2 bonnes, la femme de mon domestique mobilisé et la sœur ce cette dernière que j’avais recueillie, son mari, parti au régiment l’ayant laissée enceinte et avec 10 f. plus un enfant de 5 ans en nourrice. J’acceptai la proposition de mon voisin à condition qu’il prendrait mes 2 bonnes qui ont 24 et 29 ans et que je ne pouvais laisser dans la rue. Il y consentit et nous partimes à 8 h du soir, au son du canon, comptant aller coucher à Château Thierry, les trains sur Paris étant supprimés. Pendant 20 km, nous avons côtoyé un long cortège de fuyards, tenant la droite de la route, alors que nous roulions sur la gauche. C’était lamentable, archi lamentable. À 20 km, nous fûmes arrêtés par une patrouille de territoriaux (des brutes) qui nous entourèrent, carabines et révolver sous le nez, nous firent descendre de voiture avec défense d’aller plus loin. Je pu faire entrer mes bonnes chez un des paysans et je passais la nuit avec mon voisin dans l’auto. Nos garde du corps ayant eut une alerte à 6 h du matin, se sauvèrent comme des lapins et nous pûmes continuer notre voyage. À Château Thierry, je lâchai mon voisin et pris le train pour Paris où nous arrivâmes à 4 h du soir et où nous pûmes manger pour la première fois depuis la veille à midi. Enfin, après avoir passé par Dieppe, le Tréport et Abbeville, où, pour faire les derniers 50 km, je dus prendre une auto et nous arrivâmes ici le mardi à 6 h du soir, soit 46 heures après avoir quitté Soissons.

Et nous sommes là; avec ma femme, ma filles, les 3 petites, et les 4 bonnes ! ! ! Car ma fille en avait déjà 2 avant l’arrivée des miennes. Nous attendions les nouvelles qui n’arrivent pas aussi vite que nous le désirions.

De Fontainebleau, mon gendre a été envoyé à Troyes, Verdun, Joinville sur Marne où il a séjourné, et environ. Les dernières nouvelles, remontant à 8 jours et venant de Bar le Duc étaient bonnes. Il est sur dans l’intendance. Ses parents, père et mère avaient quitté Soissons bien avant moi et sont réfugiés à Châtelaillon. L’insertion, que… me vient d’eux. Ils savaient sans doute alors leur fille à Joinville.

Notre pauvre département de l’Aisne a été bien flagellé, Guis et Soissons particulièrement. En partant, j’ai fermé ma porte dans avoir le temps de laisser de gardien. D’ailleurs, presque tous les gardiens qu’on a laissés ont fui. D’après les renseignements que j’ai reçu, ma pauvre maison a été pillée avant le bombardement. Qu’est elle devenue depuis ? Je crains bien qu’elle soit démolie. Il doit en être de même de la petite propriété familiale de Caumont près Chauny où nous passions nos vacances. On s’y est battu 3 fois. De sorte que, ayant 2 installations très confortables, nos sommes exposés à 60 et 63 ans, à nous trouver dans la rue, sans gîte, sans linge et sans vêtements. Ce n’est pas gai. Et pourtant, il faudra accepter cela. Nous ne demandons qu’une chose : le retour de notre gendre en bonne santé, après la guerre.

Et vous, comment allez vous, comment vont et madame de Langautier et Mlle Arlette, que vous allez bientôt songer à marier.

Merci à nouveau, cher ami, de toute votre amabilité. Présentez mes hommages à madame de Langautier à qui ma femme envoie son meilleur souvenir ?

C. Guériny

1915, Testament Magdeleine

Toulouse, le 23 juillet 1915

Je lègue toute ma fortune à mon mari.

Je désire que ma fille, si elle nous survivait, prenne aussitôt ses dispositions testamentaires – en se faisant émanciper – afin de léguer sa fortune – jusqu’au moment ou elle aurait des héritiers – aux œuvres de bienfaisance catholiques de Toulouse et d’Auxerre.

Je désire qu’elle fasse imprimer mes œuvres

Littéraires, et qu’elle lègue nos portraits de famille à Madame Georges Rouilot.

Magdeleine de Langautier



Quatre de mes romans sont dans mon sac en cuir jaune et trois dans le coffre fort de la Société Générale. Trois autres exemplaires sont dans la commode Camille Desmoulins.

1920, Recherches généalogiques

Toulouse, le 12 juillet 1920

Monsieur le Maire,

Étant allé, il y a quelques jours à La Salvetat de Caraman, pour faire des recherches de famille dans les actes d’état civil, j’ai constaté l’absence de nombreux registres de 1600 et de 1700 et jusqu’en 1825 environ,

Et j’en ai conclu que ces registres devaient se trouver dans les archives de votre commune qui a absorbé, je crois, avec La Salvetat, une partie de cette ancienne division territoriale ou annexe de Saint Martial.

Je suis venu vous prier, afin de poursuivre mes recherches de me dire les jours et heures où je pourrais me rendre à Auriac et y trouver la mairie ouverte, et le secrétaire de mairie qui mettrait à ma disposition les registres de vos archives ?

Agréez, Monsieur le maire, l’assurance de ma considération distinguée.

M. de Langautier

1932, Testament de Marcellin

Je soussigné, Marcellin de Langautier, chevalier de la légion d’honneur, déclare tester de la façon suivante :

Ceci est mon testament, pour le cas où ma mort surviendrait après le décès de ma fille, car dans le cas de survie de celle-ci, tout ce que je possède à mon décès est pour ma chère fille, Arlette de Langautier.

Marcellin et son neveu Louis étaient profondément brouillés.

Arlette, la fille de Marcellin, m’a raconté vers 1982 que Louis était venu entretenir son oncle au sujet de leur héritage commun (Albert était décédé en 1894). La conversation aurait mal tournée, Marcellin prétendant qu’Albert cavalier flambeur aurait non seulement déjà dépensé sa part, mais même bénéficié des largesses de son frère.

Louis n’aurait pas accepté cette explication et aurait tenu, du haut de ses 20 ans, des propos que son oncle aurait jugés inacceptables.

Mais si j’avais l’affreux malheur de survivre à ma fille, je fais mes dispositions de la manière suivante, de façon à ce que mes héritiers naturels n’aient absolument rien à prétendre ni à espérer sur ma succession, en un mot, je les déshérite formellement et totalement.

Si j’avais, dis-je, l’affreux malheur de survivre à ma fille, je fais les dispositions suivantes, je lègue :

  1. Trente mille francs à la société du prêt gratuit, fondée à Toulouse en 1828, actuellement Hôtel Saint Jean, rue Saint Jean n° 3 à Toulouse, pour aider cette œuvre charitable et de bienfaisance dans ses prêts gratuits

  2. Vingt mille francs à l’académie des Jeux Floraux, Hôtel d’Assezat à Toulouse, pour, les revenues, être utilisés en prix en gré et au mieux de cette société.

  3. Vingt cinq mille francs à l’Académie Française à Paris, pour les revenus, en être distribués au mieux par l’Académie

  4. Dix-mille francs aux Petites Sœurs des Pauvres, cote Pavée à Toulouse (maison de retraite pour les vieillards)

  5. Deux cent francs de rente, leur vie durant, à chacun de mes domestiques qui seront depuis plus de quatre ans à mon service au jour de mon décès

Avant tout prélèvement, ma nièce Madame Germaine Paule Georges Rouliot, demeurant à Paris, 1 rue de Montchanin, xviie et au château de Graville, choisira dans mon entier mobilier tous les objets d’arts ou autre qui lui feraient plaisir et qu’elle trouverait à sa convenance, et ils lui seront remis (serait-ce même l’entier mobilier) nets et quittes de tous droits, avec cette réserve, néanmoins, que je lègue à Madame Paul Gailhard, née Valentine Royant, demeurant rue de la République, n° 82 (Orangerie Basse) à Meudon, la glace ancienne Louis XIV, avec 9 personnages en bois sculptés dorés qui forment le cadre ; elle se trouve dans le grand salon en face de la cheminée et au dessus du canapé et provient (ce qui évitera toute erreur de désignation de l’objet) du domaine de Lanourrice près de Saint Paul Cap de Jaux (Tarn).

Je laisse mon hôtel particulier de la rue Ninau n° 15 à la ville de Toulouse et en plus de la somme de cent mille francs pour y installer un musée glorifiant plus particulièrement la petite Patrie, c’est-à-dire Toulouse.

Tous les legs ci-dessus, sans exception, sont faits nets et devront être servis quittes de tous droits aux légataires institués par mon testament.

Enfin, le surplus de mes biens (meubles et immeubles) sera partagé par égales parts entre la Ville de Toulouse et la ville d’Auxerre (Yonne) pays de ma tendre femme et regrettée Magdelaine de Langautier, née Esmelin, pour revenir en égales parts, c’est-à-dire pour ¼ au bureau de Bienfaisance et ¼ aux Hospices de Toulouse et pour ¼ au bureau de Bienfaisance et ¼ aux Hospices d’Auxerre

Fait en entier de ma main,

à Toulouse le 16 mai 1932

M. de Langautier

Notes et références

  1. ↑  Marcellin était préfet de Lavaur depuis octobre 1898
  2. ↑  Georges Rouilot, Président de la Chambre des Mines d’Afrique du Sud (1898-1902)
  3. ↑  Aujourd’hui, à l’angle de la rue Paul Valéry et de l’avenue Foch.
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